Les Origines

Les origines de Créances

Créances, commune côtière, étendue sur 20,32 km² (2032 Ha), est peuplée actuellement d´un peu plus de 2000 habitants. La majorité d´entre eux s´adonne toujours, et depuis le XVIIIe siècle, semble-t-il, à la culture maraîchère (carottes, poireaux et autres légumes), les procédés de production, avec la mécanisation, ayant beaucoup évolué, surtout depuis 1950.
La côte s´étend sur 3,5 km environ, entre la pointe du Becquet et le littoral de Pirou, avec une très belle plage. Il faut, en outre, compter, un havre d´au moins 5 km, maintenant en grande partie endigué et donc, fermé.

La commune comprend, toujours, cependant :

« - A l´est, une immense lande de bruyères et d´ajoncs, en partie plantée de pins, autour du village du Buisson.

- Au Centre, englobant, dans son contour assez étendu, le bourg de Créances, une surface de bonnes terres cultivables : 500 Ha environ, avec une grande mare : le Broc.

- A l´Ouest, c´est à dire en bordure du virage, 600 Ha environ de dunes de sable fixées par des oyats et des ajoncs. Dans ces 600 Ha, sont comprises les fameuses « mielles », fruits de la conquête de l´homme, consacrées à la culture maraîchère.

- Au Nord, près de 400 Ha de prés marécageux, conquis sur la mer au XIIIe siècle, grâce à une digue que fit élever un seigneur local. Mais actuellement; malgré les  « portes à flots », les ruisseaux de ces prairies médiocres sont encore gonflés par l´eau de mer, lors des grandes marées.

Le patois local, encore parlé par les Anciens, diffère assez sensiblement du patois du  " Pays de T´chu nous " des régions Nord-Coutançaise et Saint-Loise.

Créances, aux époques préhistorique et antique, a-t-elle été relié aux actuelles îles anglo-normandes?
D´importants géologues ont entrepris des travaux sur les avancées de la côte Ouest du Cotentin et la forêt, peut être légendaire de Scissy, rognée, puis totalement disparue. Des découvertes assez récentes ont mis à jour, entre le grand Amont et le Becquet, deux pointes du rivage, des couches de tangue enfouies dans le sable. En 1996, une souche d´arbre y est même apparue, comme ailleurs sur la côte proche (Pirou et Geffosses). Cela semble démontrer que ces endroits, actuellement recouverts par le flot, étaient anciennement terrestres.

Le nom de notre commune
Du Xe au XIIIe siècle, on trouve dans les vieux textes, « Crientine », puis « Criendres », parfois « Criences » (1495). Enfin, « Créances », apparu au milieu du XIIIe siècle, ne s´impose définitivement qu´au début du XVIe siècle. Tous ces termes ont en commun la racine : « Kri » puis « Kré » qui viendrait de « rocher ». Pour d´autres, « Créances » serait issu du mot saxon : «Créan » qui signifie « forteresse ».


SOURCES : Joseph Fromage et Yves Lemoigne

La légende de l'invincible Armada

La légende de l´invincible Armada

Des historiens du XIXe et du XXe siècles, notamment Depesville dans son  « Histoire des ouvriers agricoles en Basse-Normandie » assurent que l´aspect physique des Créançais est bien différent de celui des populations avoisinantes. Beaucoup de bruns (et de brunes) de taille moyenne plus réduite que celles des Normands aux yeux marrons, au nez en bec d´aigle, la pigmentation des épidermes ne rappelant guère des teints clairs et roux, des grands blonds (et blondes) dominant en Normandie, certains descendant des Vikings.

En tenant compte d´une certaine exagération, car tous les Créançais de souche n´ont pas cette apparence, il n´ y avait qu´un pas pour attribuer à la majorité de la population une ascendance espagnole ou portugaise, voire mauresque ...

Ainsi la tradition orale révèle que la population de notre commune descendrait des équipages d´un ou de plusieurs navires qui, venant de ces pays du Sud avec des serviteurs ou des rameurs mauresques, voire Juifs, auraient jadis échoué au Haut Moyen-Age sur notre côte dans quelque(s) naufrage(s). Renchérissant sur cette hypothèse, d´autres pensent qu´un vaisseau appartenant à « la Grande ou Invincible » Armada de Philippe II d´Espagne, lancée à la conquête de l´Angleterre, puis dispersée et anéantie par de violentes tempêtes et la flotte anglaise (1588), l´un de ces navires aurait échoué sur notre rivage et aurait pu, par l´union avec les femmes du pays, modifier l´ethnie de la population. Malheureusement, aucun texte, même pour la 2ème hypothèse de la fin du XVIe siècle où les écrits ne manquent pas, n´évoque l´idée de ces naufrages et tous les noms de famille répertoriés depuis le XIIe siècle sont normanno-français, ne présentant aucune similitude d´origine avec des patronymes ibériques, hébreux ou barbaresques. Selon certains auteurs, il faudrait alors admettre que c´est l´épouse ou la compagne qui a donné son nom latin ou normand à l´homme choisi ou imposé : hypothèse bien risquée ...

Isolés pendant des siècles des paroisses voisines par la mer, le havre et les landes, les Créançais ont été confrontés à la dure nécessité de survivre sur un territoire limité et ingrat. Soumis à l´injustice et à l´arbitraire des règles seigneuriales du Comté Haute-Justice, ils sont seuls, dans cette partie du Cotentin, créent et développent une activité maraîchère et commerciale originales qui a sans doute accentué leur différence vis-à-vis des populations avoisinantes. Il n´en reste pas moins, à notre humble avis, qu’une énigme demeure en ce qui concerne l´aspect physique particulier d´une partie de la population.


SOURCES : Joseph Fromage et Yves Lemoigne

Du Moyen-Age à la Révolution

Du Moyen-Age à la Révolution de 1789

Au XIe siècle, Créances était déjà un fief important du Baron de la Haye-du-Puits : Premier seigneur connu : Turstin Haldup (1056). L´ensemble de la paroisse constitue un « Comté haute-Justice, fief de dignité », avec un pouvoir discrétionnaire sur la population, écrit ou oral du vassal, reconnaissant pour quel fief il avait prêté serment d´hommage. « L´ aveu » rappelait aux vassaux qu´ils devaient payer, outre les droits seigneuriaux, des rentes annuelles pour leurs terres qui ne cessaient pas d´appartenir aux seigneurs. A ces rentes, s´ajoutaient donc des droits seigneuriaux de toutes sortes : droits de chasse, de foires et marchés, de pâturage, de charrue, de monnaie, de guet, de moisson, ... auxquels s´ajoutait la dîme (1/10ème des récoltes) du clergé. Ce fut là le régime, jusqu´en 1789, pour les trois-quarts, au moins, de la paroisse. Le reste, propriété de l´abbaye de Lessay et comprenant surtout des terrains en bordure du Havre, était loué par lot aux paysans, avec un loyer perçu partie en nature, partie en monnaie. Les lots n’étant pas non plus exempts d´autres droits. La population de ces terres d´abbaye était sans doute un peu moins misérable que celle du Comté haute justice. « Il fait bon vivre sous la crosse » (Proverbe médiéval). Les conflits, assez fréquents et inévitables, se produisent aussi entre l´abbaye et les seigneurs successifs.

La première église de Créances daterait, elle aussi, du début du XIe siècle, le curé de la paroisse étant nommé par le prieur de l´abbaye de Lessay. Les comtes de Créances appartenaient le plus souvent à des puissantes familles du royaume, notre commune n´étant qu´une toute petite partie de leurs domaines. Ainsi, en 1465, le comte Michel d´ESTOUTEVILLE est le seigneur de 35 autres fiefs, répartis dans la Manche et le Calvados actuels, pour lesquels il rend hommage au roi Louis XI.

Seigneurs successifs du Comté Haute-Justice : Les Nanteuil, les Chanteloup, les Paynel, les d´Estouteville, pendant la guerre de Cent Ans, qui posséderont Créances jusqu´en 1556, puis les de Bouillé, dont l´un d´entre eux, Philippe de Bouillé, criblé de dettes, se vit saisir tous ses biens en 1675. Nous avons ensuite les de Charnacé, (jusqu´en 1702), de Vassy (jusqu´en 1783), enfin de Perrochel à partir ce cette dernière date.

Guerre de Cent Ans : Elle fut durement ressentie par la population, notamment par les débarquements successifs des Anglais en Cotentin, les razzias des Grandes Compagnies (Navarrais par exemple) et l´épidémie de Peste Noire qui s´abattit sur le royaume à partir de 1357. En novembre 1356, aux Mares-Noires, près du Buisson, un combat opposa les troupes françaises du Dauphin Charles (futur Charles V, fils du Roi de France Jean II le Bon) plus nombreuses, aux contingents (500 hommes environ) de Geoffroy d´Harcourt, seigneur de Saint-Sauveur-le Vicomte, qui avait rejoint Edouard III d´Angleterre. Battu, Geoffroy d´Harcourt périt en fin de combat. Contrairement à la période de la Guerre de Cent Ans, Créances ne semble pas avoir trop souffert des guerres de religion. « Mais une sévère épidémie de peste ravage la région vers 1540 et la famine sévit dans le Coutançais en 1587 ».

Les Salines de Créances, pour la fabrication du sel blanc et menu à l´usage du pays représentent une importante activité, sinon la plus importante, des habitants du bord du havre. Dès 1056, l´acte de donation de Lessay précise que « 3 salines de Créances » sont données aux moines. En 1768, il y avait encore 23 salines appartenant à 23 propriétaires. L´exploitation du sel, très réglementée jusqu´à la Révolution (gabelle), cessera vers le milieu du XIXe siècle.
La paroisse compte 150 feux en 1750 (750 habitants environ). Mais en 1765, c’est la première paroisse de l’actuel canton avec 262 feux (1310 habitants environ).Mais la grande famine des années 1780-1784, avec un pic culminant en 1782 (196 décès cette année-là), décime la population.

La culture maraîchère : Il est malaisé de dire à quelle époque précise la culture intensive des légumes et quand la plupart des laboureurs deviennent des maraîchers. Si les « aveux » du Moyen-Age, des XVIe et XVIIe siècles font état de rentes de légumes, et notamment des oignons, c´est en petites quantités, car toute la région en produisait. Joseph Fromage, à l´examen de plusieurs textes, estime cependant que l´extension des surfaces de culture maraîchères pour la vente à l´extérieur de la paroisse, a lieu dès la première moitié du XVIIIe siècle, « les Créançais étant bien vite obligés de sortir de Créances en chevaux, puis en carrioles à chevaux, pour vendre leurs légumes &raquo. En 1780, le curé Lecordier écrit « qu´un paroissien a pour profession d´ensemencer sa terre de légumes qu´il vend dans divers marchés: le lundi à Coutances, le mardi à Lessay ou à Prétot, le mercredi à la Haye-du-Puits ou à Marigny, le jeudi à Coutances, le vendredi au Pont-l´abbé et le samedi à Périers ou à Cerisy. Bref, ce maraîcher est sans répit sur les routes ». Quant aux femmes de tout âge, elles sont journellement dans les champs. Le 14 février 1801, le maire Regnault écrit « Notre commune est renommée par tous les marchands pour la production et la vente de tous les légumes ».


SOURCES : Joseph Fromage et Yves Lemoigne

La révolution de 1789

La Révolution de 1789

Nul doute qu´à Créances la Révolution fut accueillie avec joie par la majorité des habitants, courbés jusque-là, depuis des siècles, sous le joug de leurs seigneurs. Conformément aux décrets de l´Assemblée Constituante, la première municipalité élue au suffrage censitaire « fit, entre autres décisions, planter deux arbres de la Liberté, sur la place qui prendra plus tard le même nom ». A l´assemblée générale de Coutances, puis à celle du grand baillage du Cotentin, 3 représentants de Créances furent élus. Devenue commune, la paroisse fut choisie comme chef-lieu d´un Canton qui comptait 9 communes et siège d´une Justice de paix. Aussitôt après la suppression des privilèges et l´abolition des droits féodaux, une garde nationale fut créée et les cérémonies républicaines furent toujours très suivies. Un « club des Jacobins » local fut même constitué.

En novembre 1793, un groupe de citoyens encadrés par des membres de la Garde nationale, se mobilisa pour s´opposer, avec de milliers d´autres districts de Coutances, pour marcher sur Granville et s´opposer ainsi à l´avance de la Grande Armée Vendéenne. Quant au seigneur de Perrochel, après avoir rallié par opportunisme la Révolution et avoir acheté comme bien National les terres de l´abbaye de Lessay, il fut arrêté comme contre-révolutionnaire après avoir rejoint le mouvement fédéraliste (Girondins). Emprisonné à Vincennes, la chute de Robespierre (juillet 1794) le sauva de la guillotine.

Auparavant, la Constitution Civile du Clergé (votée en juillet 1790) qui faisait des prêtres des fonctionnaires élus, avait jeté un grand trouble dans le pays et, comme presque partout dans les campagnes françaises, la majorité de la population créançaise, restée très religieuse, soutint les prêtres réfractaires. Ceux-ci, contrairement, aux prêtres jureurs ou constitutionnels, refusèrent, selon le décret de l´Assemblée Constituante, de prêter serment à la « Nation, à la Loi et au Roi », exerçant leur ministère dans la clandestinité. Sur les douze prêtres que comptait Créances, un seul, Julien Jacquet, accepta de prêter le serment sans restrictions. D´abord réfugiés à Jersey, trois prêtres réfractaires, notamment l´abbé François Lemoigne, dont toute la famille habitait Créances, revinrent pour reprendre clandestinement leur ministère, punis de la peine de mort. Dénoncé, l´abbé Lemoigne fut arrêté à Angoville-sur-Ay, emmené à Coutances, condamné à mort et guillotiné sur la place de la Croûte après avoir écrit deux lettres émouvantes à sa famille (24 octobre 1793).


SOURCES : Joseph Fromage et Yves Lemoigne

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