Nul doute qu´à Créances la Révolution fut accueillie avec joie par la majorité des habitants,
courbés jusque-là, depuis des siècles, sous le joug de leurs seigneurs. Conformément aux décrets
de l´Assemblée Constituante, la première municipalité élue au suffrage censitaire « fit, entre
autres décisions, planter deux arbres de la Liberté, sur la place qui prendra plus tard le même nom ».
A l´assemblée générale de Coutances, puis à celle du grand baillage du Cotentin, 3 représentants de
Créances furent élus. Devenue commune, la paroisse fut choisie comme chef-lieu d´un Canton qui comptait 9 communes et
siège d´une Justice de paix. Aussitôt après la suppression des privilèges et l´abolition des droits
féodaux, une garde nationale fut créée et les cérémonies républicaines furent toujours très suivies.
Un « club des Jacobins » local fut même constitué.
En novembre 1793, un groupe de citoyens encadrés par des membres de la Garde nationale, se mobilisa pour s´opposer, avec de
milliers d´autres districts de Coutances, pour marcher sur Granville et s´opposer ainsi à l´avance de la Grande Armée Vendéenne.
Quant au seigneur de Perrochel, après avoir rallié par opportunisme la Révolution et avoir acheté comme bien National
les terres de l´abbaye de Lessay, il fut arrêté comme contre-révolutionnaire après avoir rejoint le mouvement
fédéraliste (Girondins). Emprisonné à Vincennes, la chute de Robespierre (juillet 1794) le sauva de la guillotine.
Auparavant, la Constitution Civile du Clergé (votée en juillet 1790) qui faisait des prêtres des fonctionnaires élus,
avait jeté un grand trouble dans le pays et, comme presque partout dans les campagnes françaises, la majorité de la population
créançaise, restée très religieuse, soutint les prêtres réfractaires. Ceux-ci, contrairement, aux prêtres
jureurs ou constitutionnels, refusèrent, selon le décret de l´Assemblée Constituante, de prêter serment à
la « Nation, à la Loi et au Roi », exerçant leur ministère dans la clandestinité. Sur les douze prêtres
que comptait Créances, un seul, Julien Jacquet, accepta de prêter le serment sans restrictions. D´abord réfugiés
à Jersey, trois prêtres réfractaires, notamment l´abbé François Lemoigne, dont toute la famille habitait
Créances, revinrent pour reprendre clandestinement leur ministère, punis de la peine de mort. Dénoncé,
l´abbé Lemoigne fut arrêté à Angoville-sur-Ay, emmené à Coutances, condamné à mort et
guillotiné sur la place de la Croûte après avoir écrit deux lettres émouvantes à sa famille (24 octobre 1793).
SOURCES : Joseph Fromage et Yves Lemoigne
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